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Aumônerie Israélite des Armées | Meyer Jaïs
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Meyer Jaïs

Meyer Jaïs

(Médéa 1906 – Paris 1994)

Auteur: Claude Nataf

Né en 1907 à Médéa (Algérie), Meyer Jaïs est admis en 1925 au Séminaire israélite de France dont le recrutement était alors presque exclusivement alsacien. Depuis la création de l’école rabbinique en 1829, quatre élèves originaires d’Afrique du Nord seulement y ont précédé Meyer Jaïs.[i] Brillant élève, dans les matières profanes comme dans les matières religieuses, il obtient en 1930 son diplôme de rabbin et une licence de philosophie en Sorbonne. L’un de ses professeurs, dont il évoquera toute sa vie le souvenir, est le Grand Rabbin de Paris Julien Weill, dont il deviendra plus tard l’un des successeurs.

 

Pour son premier poste, il est nommé à Haguenau. Jeune rabbin, sépharade, méditerranéen, il se retrouve pasteur d’une communauté ashkénaze, alsacienne, fière de son histoire et de son enracinement dans le pays. Il apprend ainsi à connaître un autre rite et d’autres traditions et il sait se faire accepter. Cette expérience le marque profondément et le convainc que la richesse du judaïsme repose sur sa diversité, et que sa diversité n’empêche ni la tolérance ni la fraternité.

Le Grand Rabbin de Paris, Julien Weill, qui dans le climat oppressant de l’avant-guerre, a un grand souci de rassemblement, invite périodiquement un rabbin de province, voire un rabbin non consistorial, à officier un Shabbath à la Synagogue de la rue de La Victoire. En 1937, Meyer Jaïs a ainsi pour la première fois l’honneur de la chaire de la grande synagogue parisienne. Délaissant un commentaire sur la parascha, il préfère parler de son expérience rabbinique, de sa découverte du rite alsacien et de son intégration réussie à sa communauté si différente de sa communauté d’origine.

Brillant élève, dans les matières profanes comme dans les matières religieuses, il obtient en 1930 son diplôme de rabbin et une licence de philosophie en Sorbonne. L’un de ses professeurs, dont il évoquera toute sa vie le souvenir, est le Grand Rabbin de Paris Julien Weill, dont il deviendra plus tard l’un des successeurs.

Ses propos touchent le Grand Rabbin Julien Weill qui pense que son ancien élève est sans doute l’homme qu’il recherche pour réussir l’intégration de la jeunesse juive issue de l’immigration, à la communauté juive française. Il l’appelle auprès de lui et le nomme aumônier de la jeunesse. La mobilisation de septembre 1939 empêche Meyer Jaïs de donner à ce poste essentiel la mesure de ses qualités.

Mobilisé, Meyer Jaïs est envoyé en Tunisie comme aumônier des fronts tunisiens. Plusieurs divisions majoritairement composées de recrues originaires d’Afrique du Nord, stationnent le long de la ligne Mareth en prévision d’une attaque italienne. L’aumônier militaire Meyer Jaïs a parmi ces hommes un nombre important de fidèles. Il se consacre à eux, allant d’une unité à l’autre, non seulement pour organiser le culte, mais aussi pour apporter à ces soldats le réconfort de sa présence. Mais cela ne suffit pas à cet homme d’action. Il se met à la disposition de la Communauté de Tunis où il crée un office pour la jeunesse, donne des cours pour les futurs rabbins, assiste les troupes des Eclaireurs Israélites de France et prêche chaque samedi soir à la grande synagogue de Tunis.

Nommé aumônier du Corps Franc, il participe à la bataille de Bizerte

Mobilisé, Meyer Jaïs est envoyé en Tunisie comme aumônier des fronts tunisiens. Plusieurs divisions majoritairement composées de recrues originaires d’Afrique du Nord, stationnent le long de la ligne Mareth en prévision d’une attaque italienne. L’aumônier militaire Meyer Jaïs a parmi ces hommes un nombre important de fidèles. Il se consacre à eux, allant d’une unité à l’autre, non seulement pour organiser le culte, mais aussi pour apporter à ces soldats le réconfort de sa présence. Mais cela ne suffit pas à cet homme d’action. Il se met à la disposition de la Communauté de Tunis où il crée un office pour la jeunesse, donne des cours pour les futurs rabbins, assiste les troupes des Eclaireurs Israélites de France et prêche chaque samedi soir à la grande synagogue de Tunis.

Démobilisé après l’Armistice de juin 1940, il occupe des fonctions rabbiniques à Constantine. Le débarquement allié de novembre 1942 le comble de joie, mais il constateLe Grand Rabbin J.Weill le nomme rabbin de la synagogue de la rue Notre-Dame-de Nazareth - Copyright : http://www.revue3emillenaire.com avec amertume que le Général Giraud refuse de rétablir le Décret Crémieux et d’accepter les Juifs dans l’Armée à l’exception de volontaires appelés à se battre sur le font tunisien au sein du Corps Franc d’Afrique. Meyer Jaïs s’engage et c’est lui qui tient le registre d’engagement des volontaires. Nommé aumônier du Corps Franc, il participe à la bataille de Bizerte puis rejoint Tunis libérée où il préside l’office de la Libération le 8 mai 1943 dans la Grande synagogue de Tunis. Il débarquera en Provence en 1944 avec la 1ère Armée française où il est attaché à l’Etat-major.

Au lendemain de la guerre, le Grand Rabbin Julien Weill le rappelle à Paris et le nomme rabbin de la synagogue de la rue Notre-Dame-de Nazareth où il découvre le judaïsme immigré. Il s’investit dans sa mission en se consacrant surtout à l’éducation religieuse d’une communauté qui a particulièrement souffert de la Shoah. Il publie alors dans L’Amandier Fleuri, le texte de trois conférences qui constituent une réflexion sur Auschwitz et l’interpellation du religieux où il pose les bases de la théologie de la Shoah.

Il cumule ses fonctions rabbiniques avec celles d’aumônier militaire qui lui tiennent à cœur et il succède rapidement au Grand Rabbin Liber en qualité d’aumônier en chef.

« La France, notre patrie bien-aimée, doublement chère au cœur des Juifs d’Algérie, qui sont peut-être plus conscients de la noblesse de son génie et plus jaloux de sa grandeur pour avoir été plus comblés de ses bienfaits » (Meyer Jaïs).

Il est le contraire d’un sectaire

Son discours d’installation témoigne de sa fidélité à l’esprit du franco-judaïsme. Il proclame fièrement son patriotisme : « la France, notre patrie bien-aimée, doublement chère au cœur des Juifs d’Algérie, qui sont peut-être plus conscients de la noblesse de son génie et plus jaloux de sa grandeur pour avoir été plus comblés de ses bienfaits »[i]. Il rend aussi hommage à l’Armée française et avoue que sa nomination aux fonctions de Grand Rabbin de Paris qui l’honore, n’est pas exempte de tristesse car « elle l’oblige à quitter l’Armée qui est aussi une famille ».[ii] Il me faudra dit-il, « renoncer à mes fonctions d’aumônier militaire que je n’abandonne pas sans de très vifs regrets ».Il évoque aussi avec des mots qui résonnent comme une leçon dans notre brûlante actualité « la sainte amitié qui a régné entre les aumôneries des trois cultes …Il était possible à des hommes sincèrement épris de Dieu, de se  rejoindre et de s’unir…et c’était là la plus belle preuve d’amour que nous pouvions donner à la Patrie, dont la force est surtout faite de l’affection mutuelle que se portent ses enfants ». [iii]

Car Meyer Jaïs n’exclut jamais. Il est le contraire d’un sectaire. Et de même qu’il a évoqué ses rapports comme aumônier militaire avec les aumôniers des autres cultes, il adresse dans son premier discours de grand rabbin de Paris, son salut aux communautés parisiennes non consistoriales, en rappelant qu’il existait la commune conviction du caractère sacré des grands principes du judaïsme. Sa caractéristique première est la modestie, mais quel régal que sa parole pour ceux qui ont eu l’honneur et le bonheur d’être ses interlocuteurs. Son autorité s’impose tout naturellement à ses collègues qui reconnaissent sa compétence, ses connaissances et son dévouement.

Erudit, il a constamment approfondi sa connaissance de l’hébreu biblique comme de l’hébreu moderne. C’est tout naturellement que lors de la remise en marche du Photo 2 : Meyer Jaïs a constamment approfondi sa connaissance de l’hébreu biblique comme de l’hébreu moderne Copyright : www. Leslibraires.frSéminaire en 1946, il est chargé du cours de grammaire hébraïque et plus tard du cours d’homilétique. Il publie d’ailleurs en 1948 un ouvrage de grammaire hébraïque préfacé par le Grand Rabbin Liber. Docteur de la foi juive, il n’ignore pas les autres religions. Il est aussi féru sur l’Islam qu’un savant musulman, et dans un débat télévisé lors de l’émission « Les dossiers de l’écran » d’Armand Jamot, il démontre publiquement sa connaissance des Evangiles face à deux théologiens catholiques. Ses sermons frappent par la perfection de la forme, qui alliée à une composition rigoureuse, éclaire le raisonnement.

Il pressent très vite l’importance de l’arrivée massive des Juifs d’Afrique du Nord au sein de la communauté métropolitaine. Il insiste pour que l’accueil soit pensé, pour que des éducateurs soient formés, pour que des opérations de brassage soient préparées. Il a la douleur d’affronter la foule lorsqu’il veut mettre une synagogue parisienne à la disposition des rapatriés d’Algérie. Il se consacre avec Alain de Rothschild et Jean-Paul Elkann à l’œuvre des Chantiers du Consistoire, car il est effrayé de l’existence d’une nombreuse population juive rapatriée, concentrée dans les villes de banlieue, sans synagogues, sans rabbins.

A condition d’être un candidat d’unanimité se refusant à apparaître

comme le représentant d’une tendance ou d’un clan

En 1980 après la démission du Grand Rabbin Kaplan, des amis et des disciples le poussent à présenter sa candidature à la fonction de Grand Rabbin de France. Après avoir refusé, il finit par céder à condition d’être un candidat d’unanimité se refusant à apparaitre comme le représentant d’une tendance ou d’un clan. Une indiscrétion malheureuse sur ses projets et la maladresse d’un électeur influent, le conduisent à renoncer à être candidat et à démissionner de ses fonctions de Grand Rabbin de Paris.

Dans les dernières années de sa vie, il constatait avec effroi l’éloignement progressif du modèle traditionnel du judaïsme français. La deuxième génération des Juifs rapatriés d’Afrique du nord, lui parait alors tourner le dos à l’ouverture et à la chaleur en usage dans le judaïsme nord-africain. Il ne participe plus aux manifestations de la communauté et fréquente quotidiennement l’oratoire du local des E.I.F. avenue de Ségur.

Il décède le 15 mai 1994 à Paris, selon sa demande et contrairement à la tradition suivie pour ses prédécesseurs au Grand rabbinat de Paris, les portes de la Victoire ne se sont pas ouvertes pour accueillir le cercueil de celui qui y présida si longtemps aux offices. Une cérémonie très simple, très pure, comme il l’aurait aimée, a lieu au Séminaire de la rue Vauquelin, présidée par le Grand Rabbin de Paris Alain Goldmann, en l’absence du Grand Rabbin de France.

Selon sa demande et contrairement à la tradition suivie pour ses prédécesseurs au Grand rabbinat de Paris, les portes de la Victoire ne se sont pas ouvertes pour accueillir le cercueil de celui qui y présida si longtemps aux offices – Copyright : www.lavictoire.org

[i]Joseph Stora Algérie en 1868-1974 futur rabbin de Médéa, Bône, Metz et Strasbourg ; Joseph Cohen Tunisie en 1895-1901, futur grand rabbin de Bayonne puis de Bordeaux ; Mardochée Amar Tunisie en 1898-1904 professeur de philosophie; Jacob Kadouch Algérie en 1922-1927 futur rabbin de Dijon

[i] Le Journal des Communautés, 18 Janvier 1956, N° 141, pp.4-6

[ii] Ibid.

[iii] Ibid.

Photo : Claude Nataf – Claude Nataf est historien & vice-président de la commission française des archives juives

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