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Aumônerie Israélite des Armées | Jacob Kaplan
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Jacob Kaplan

Jacob Kaplan

(Paris 1885 – 1994)

Jacob Kaplan fait assurément partie de ces âmes dont la mission de tikoun olam (réparation du monde) relève pour chacun d’une évidence insolente, y compris pour ceux réfractaires à toute spiritualité. Vingt ans après sa disparition, « on parle encre de lui comme s’il était encore de ce monde » (Francis Kaplan). Figure extraordinairement consensuelle aujourd’hui encore, Jacob Kaplan servit la France lors des deux conflits mondiaux, soldat, aumônier puis Grand rabbin de France. Hommage à celui qui plaça sa mission sous le sème de la double fidélité : au judaïsme et à la France.

Source: http://www.akadem.org

Un rabbin courageux

Jacob Kaplan est né à Paris en 1895, d’une famille originaire de Lituanie. A cette époque, le milieu juif français est largement sécularisé, peu pratiquant. La France est encore agitée des soubresauts de l’Affaire Dreyfus.

Du fait de la Première Guerre mondiale, il n’obtiendra son diplôme de rabbin qu’en 1921. Nommé rabbin de Mulhouse en 1922, Jacob Kaplan continue sa carrière à Paris, dans la synagogue de la rue Notre Dame de Nazareth, puis dans celle de la rue de la Victoire.

En 1939, Jacob Kaplan est nommé en 1939 l’auxiliaire du Grand Rabbin de France, Isaïe Schwartz. Démobilisé, il rejoint le Grand Rabbin auprès du gouvernement, c’est à dire à Vichy. Il publie Racisme et judaïsme (éd. Fernand Sarlat) qui, comme Témoignages sur Israël sera inscrit sur la liste Otto et mis au pilon sous l’Occupation et le fera dénoncer dans cette période comme « provocateur à la guerre », dans le livre de Paul Allard Les provocateurs à la guerre. Il reçoit la légion d’honneur à titre militaire dont le décret paraît au Journal officiel le lendemain de la promulgation du statut des Juifs et le 15 novembre 1940 fait un discours à la synagogue de Vichy : La justice d’Abraham et le statut des Juifs. En 1941, il fait une démarche de protestation auprès de Xavier Vallat, commissaire aux Questions juives, avec une délégation de 18 anciens combattants ayant tous obtenu la Légion d’honneur à titre militaire. En 1942, il est expulsé de   Vichy, s’installe à Lyon et fait une démarche auprès du cardinal Gerlier pour l’inciter à intervenir auprès du gouvernement de Vichy contre les arrestations des Juifs et leur déportation en Pologne en lui affirmant qu’il s’agit non de les regrouper dans ce pays mais de les y exterminer. Assumant par intérim depuis janvier 1944 la charge de Grand Rabbin de France, Jacob Kaplan est arrêté le 1er août, et conduit à la Gestapo. Durant le chemin Jacob Kaplan leur parle. Il s’adresse au « Chef », lui parle de ses titres militaires, et comme il a remarqué sur lui une médaille de piété, lui dit : « Vous êtes un homme religieux et pourtant, vous qui savez que je suis un père de cinq enfants, vous me conduisez à la Gestapo ». Finalement, les policiers le relâchent, moyennant rançon.

Défendre l’état d’Israël

Le rabbinat européen, surtout hors de France, a longtemps été réservé, voire hostile à l’égard de l’idée sioniste. Certains rabbins pensaient que la Terre d’Israël ne pouvait être rendue au peuple que par le Messie. D’autres voyaient les dangers de l’installation en milieu hostile. D’autres enfin craignaient que cette nouvelle nation vers laquelle les Juifs de la diaspora se seraient spontanément tournés, ne mît en danger la citoyenneté si chèrement acquise dans leurs pays respectifs. Pour Jacob Kaplan, la Shoah avait balayé tous ses arguments. Il ne voyait pas pourquoi il serait interdit aux juifs d’échapper à l’oppression ou à la mort en créant un foyer national ? Pourquoi ils ne pourraient faire refleurir une terre où le lait et le miel ne coulaient plus depuis deux mille ans ? Pourquoi il y aurait contradiction entre leur qualité de citoyens, dont les titres étaient scellés dans le sang, et leur amour d’Israël ? Pour lui et dès 1937 nulle opposition entre Paris et Sion. Favorable au sionisme dès les années trente, il le fut jusqu’à sa mort, et n’hésita pas à protester avec la dernière vigueur chaque fois que le gouvernement français lui paraissait errer en ce domaine.

 Les années de vieillesse

Dans sa vieillesse, et malgré le départ de son épouse en 1982, il continue d’écrire et de réaliser des œuvres à caractère social ou religieux, comme la construction à Paris d’un vaste groupe scolaire, Yabné. Il est fait Grand-Croix de la légion d’honneur, il est élu à l’Académie française en 1967.

Il meurt dans sa centième année, le 15 décembre 1994.

Jacob Kaplan, un judaïsme dans le monde

Le Grand rabbin de France, Haïm Korsia, évoque la figure du Grand rabbin J.Kaplan, disparu il y a vingt ans (Source : L’Arche n°651, hors-série, novembre 2014)

Il y a tout juste vingt ans, le 5 décembre 1994, dans sa centième année, disparaissait le grand rabbin Jacob Kaplan. Né en 1895, avec l’Affaire Dreyfus, il débute des études rabbiniques lorsque la Grande Guerre le jette dans les tranchées où il est blessé et décoré de la Croix de guerre. Il se comporte en effet de façon héroïque et, par exemple, en septembre 1915, il préfère rester dans les tranchées plutôt que de devenir aumônier sur un bateau hôpital, comme le lui propose le Grand rabbin de France. Il ne veut pas être planqué et abandonner ses camarades. Il gardera toujours une fidélité sans faille au 411e régiment et aux poilus, en particulier en tant qu’administrateur du Souvenir Français. Après la guerre, il est même tenté par une carrière militaire, mais il revient finalement à l’école rabbinique.

En 1922, il occupe le poste rabbinique de Mulhouse avant de rejoindre Paris en 1929, à la synagogue de la rue de Nazareth, puis à celle de la rue de la Victoire en 1933. Il y célèbre les offices des Croix de Feu, ce qui fera beaucoup parler, car pour lui, ce sont des Français qui ont risqué leur vie pour la patrie.

En 1939, au moment de son élection au poste de Grand rabbin de France, le rabbin Isaïe Schwartz, de Strasbourg, demande expressément que Kaplan devienne son auxiliaire, ce que ce dernier accepte. Mobilisé en 1939, Kaplan sert comme aumônier militaire, puis, après l’armistice, il reprend son poste d’auxiliaire du grand rabbin de France et rejoint Vichy. Sa nomination au grade de Chevalier de la Légion d’Honneur à titre militaire sera publiée dans le numéro du Journal Officiel énonçant le statut discriminatoire des juifs. En juin 1941, après la loi obligeant les juifs à aller se faire recenser, il dresse une lettre courageuse et prophétique à Xavier Vallat, commissaire général aux questions juives, dans laquelle il affirme qu’il est fier d’être juif et qu’il sait que le régime de Vichy est une parenthèse dans l’histoire de France. Il est expulsé de Vichy, s’installe à Lyon où il organise l’aide aux réfugiés, la Résistance et la mobilisation des chrétiens. Le Grand rabbin Kaplan assurera l’intérim du grand rabbinat de France pendant la période très dangereuse du début 1944, et il sera même arrêté par la Milice, en juillet 1944 et se sauvera par miracle.

Après la guerre, il veut rebâtir le judaïsme dévasté avec un objectif : « Il ne faut pas simplement reconstruire les pierres, il faut reconstruire les âmes. » Il est élu Grand rabbin de Paris en 1950 puis Grand rabbin de France en 1955, et épaulé par son épouse Fanny, il suscite le respect, l’affection et l’admiration de tous.

De Seelisberg à Finaly

Il participe en 1947 à la conférence de Seelisberg qui crée des relations judéo-chrétiennes apaisées ; il obtient en 1953 la restitution des deux enfants Finaly à leur famille par les autorités de l’Église ; il accueille les rapatriés d’Afrique du Nord et il répond avec dignité aux déclarations du Général de Gaulle sur le peuple juif.

Membre de l’Académie des Sciences Morales et Politiques depuis 1967, le Grand rabbin Kaplan est l’auteur de nombreux ouvrages dont Justice pour la Foi juive et Un enseignement de l’estime qui sont les témoignages d’une confiance inébranlable en l’homme, en la France et en la foi juive.

Lui remettant la Grand-Croix de la Légion d’Honneur en 1988, Jacques Chirac déclarait : « Vous êtes un juste dans votre pays et dans votre foi ». Le Grand Rabbin Jacob Kaplan était un grand Français et un grand du judaïsme et pour lui, l’un n’allait pas sans l’autre. Comment un homme peut-il à ce point épouser son siècle, en comprendre les enjeux et réussir à orienter l’histoire ? Parler de Jacob Kaplan, c’est suivre l’histoire du judaïsme de France pendant cent ans, c’est suivre l’histoire de France de l’Affaire Dreyfus à nos jours, c’est porter un regard bon, courageux, grandiose sur l’histoire d’amour entre le judaïsme et la France. Il incarna, et il incarne toujours, cette double vocation de la France et du judaïsme, fidèle aux deux, non par une double allégeance, mais par une double filiation. Il aimera toujours passionnément la France, la véritable, celle qui fait de ses enfants des frères, et il défendra toujours le judaïsme, le véritable, celui qui a l’intelligence de s’inscrire dans le monde.

Une troisième voie

Il ne lutte pas contre l’antisémitisme, il combat pour rendre justice au judaïsme. Il est porteur d’une certitude, celle de voir converger de manière extraordinaire deux vocations, celle de la France et celle du judaïsme, et il va incarner de la plus belle des façons tout au long de sa vie cette double espérance. Jacob Kaplan fut confronté toute sa vie à cette question qu’il portait comme un objectif de vie. Il fit le choix de ne répondre ni par un excès de patriotisme qui poussa certains juifs à renier, ou tout au moins à oblitérer de l’espace public la foi de leurs pères, ni par une affirmation exclusive du judaïsme qui aurait gommé toutes ses autres appartenances.

Jacob Kaplan est porteur de cette idéologie de la victoire, victoire de l’intelligence sur l’enfermement, du dialogue sur le rejet de l’autre, de la grandeur de la France sur la peur de l’étranger. Il est, dans tous ses actes, l’opposé absolu de l’idéologie de la défaite qu’est l’antisémitisme. Il est le visage de la France et le reflet du judaïsme. Plus largement, il y a dans cette volonté de concilier deux identités différentes une clef vitale pour notre société d’aujourd’hui, pour le judaïsme, bien évidemment, mais plus largement pour toutes ces identités différentes qui oscillent entre un modèle anglo-saxon de communautés juxtaposées et un modèle français d’intégration. Et quelle intégration ? Celle qui viserait à l’assimilation et à la dilution totale ou plutôt celle que défend Jacob Kaplan et qui prône un apport de chacun, dans sa diversité, au projet commun qu’est la France ? Jacob Kaplan réussit à ouvrir une troisième voie qui refuse de choisir entre l’universalisme et le particularisme, car le génie de la France consiste justement à ne soumettre personne au terrible dilemme de choisir entre sa citoyenneté et sa foi, ce que nous voyons poindre de nos jours chez certains.

 

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