16 Jan Kippour ou le jour le plus long
Le jour de Kippour nous lisons dans la Torah la manière dont Aaron le Cohen Gadol (grand prêtre) doit pénétrer dans le Saint des Saints Bezoth Yavo Aharon el Haqodech. : »C’est avec cela qu’Aaron entrera dans le Sanctuaire : avec un jeune taureau comme expiatoire et un bélier comme holocauste ».
Pourquoi, s’interrogent nos Sages, un jeune taureau et un bélier. Et ils répondent : c’est un jeune taureau qu’Abraham a servi aux trois invités venus lui rendre visite, c’est un bélier qu’il a offert en sacrifice à la place d’Isaac. Abraham a ainsi concrétisé par des actes, à la fois son amour du prochain en l’accueillant chez lui, lui servant lui-même le repas, et aussi son attachement à Dieu en allant jusqu’à sacrifier son fils. En apportant un jeune taureau et un bélier le jour de Kippour, Aaron nous trace la voie à suivre. Si nous voulons être les dignes descendants d’Abraham, ils nous appartient de suivre son exemple. Yom Kippour est un véritable cadeau que Dieu fait chaque année au peuple juif. Un produit « miraculeux » qui le blanchit de ses fautes. Et comme tout produit est accompagné d’un mode d’emploi, celui-ci tient en deux points :
1 – Dieu pardonne le jour même de Kippour, les fautes commises envers lui comme la profanation du Chabat et des fêtes, non respect de la cacherout etc… à condition de ne pas avoir l’intention de récidiver.
2 – Pour les fautes commises envers le prochain, le pardon dépend en tout premier lieu de la personne offensée. Dans cette quête du pardon, au tout début de Kippour, en introduction à Kol Nidré, l’officiant invite la communauté toute entière à prier comme un seul homme dans un même élan, à l’image de nos ancêtres recevant au pied du Mont Sinaï les dix commandements. Tous les fidèles en ouvrant le jeûne entament le dialogue suprême : celui de la créature avec son créateur. Dès les premières prières, Kippour se révèle être une prise de conscience collective. Dans le nombre incalculable de fois où ce jour là nous demandons pardon à Dieu il n’y a pas de « mea culpa » d’aveu individuel de nos fautes.
Achamnou, Bagadnou, nous nous sommes rendus coupables, nous avons trahi.
Al ‘Heth Chehatanou, pardonne-nous la faute que nous avons commise. Remarquons au passage que la prière par excellence, la Amida est également récitée au pluriel, dix fois au cours des cinq offices de Kippour, cinq fois à voix basse et cinq fois à voix haute. Dix Amidoth (prières) comme pour faire écho aux dix jours de pénitence qui commencent à Roch’Hachana et s’achèvent à la fin de Kippour avec le son du chofar. Tout se passe comme si, depuis Kippour nous remontons à l’envers les marches du temps. « Depuis les profondeurs de l’abîme, je t’invoque ô Eternel » ce verset que nous lisons dans le psaume 130 pendant les dix jours de pénitence, fait clairement allusion à ce phénomène. Depuis Kippour, jour du Pardon, nous remontons jusqu’à Roch Hachana, jour du jugement, persuadés grâce au repentir que Dieu nous a pardonné, que nous avons gagné le procès intenté contre nous-mêmes, que cette année encore il nous inscrira dans le livre de la vie.
C’est à Kippour au matin que nous réciterons ce psaume pour la dernière fois, prenant ainsi conscience de notre fragilité, de notre affaiblissement naturel après simplement quelques heures sans nourriture, ni boisson. C’est de cet abîme dû à notre éphémère condition humaine, que nous invoquons Dieu pour lui demander de faire preuve de clémence à notre égard. Et le soir, à la fin de la Neila (clôture), après plus de 25 heures de jeûne, nous devrions être normalement exténués, à bout de force, mais c’est au contraire le réveil vigoureux, l’euphorie, nous ne craignons plus le jour du jugement, nous ne redoutons plus le « redoutable » Kippour, c’est maintenant l’allégresse des retrouvailles entre un peuple et son Dieu, quand nous proclamons tous ensemble Chema Israël « Ecoute Israël, l’Eternel est notre Dieu, l’Eternel est Un ». C’est l’optimisme qui se manifeste quand nous nous arrogeons le droit des Anges en chantant à haute voix Baroukh CheimKevod Malkhouto » Béni soit à jamais le Nom de son Règne Glorieux ». Cette phrase qui appartient aux Anges, habituellement nous chuchotons, tel un espoir discret de nous élever chaque jour à leur niveau.
Mais à Kippour nous la chantons à haute voix parce que nous voulons que cet espoir silencieux se transforme en une éclatante réalité. Enfin, en terminant, avant la sonnerie du Chofar, les prières sur Hachem Hou Haelohim « L’Eternel est Dieu » répété sept fois, nous voulons nous assurer que Dieu a bien quitté le trône de rigueur (Elohim) pour siéger sur le trône de miséricorde (Hachem), confiants qu’il nous a finalement inscrits et confirmés dans le livre de la vie, et ayant à l’esprit en permanence que l’essentiel n’est pas de réussir dans la vie, mais de réussir sa vie.
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