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Aumônerie Israélite des Armées | La paix
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La paix

La paix

Le thème de la paix sous-tend presque la totalité du judaïsme. On le trouve en filigrane dans tous les domaines de la pensée juive : sur le plan psychologique, sociologique ou religieux.

L’hébreu chalom (paix), a pour racine le mot hébreu chlémouth   qui signifie « intégralité, perfection ». Ceci revient à dire que le judaïsme considère qu’un être humain qui professe et pratique la paix parvient à faire l’unité en lui, évitant ainsi une grave division de la personnalité aux accents schizophréniques. Le judaïsme prône en premier lieu la paix avec soi-même. Celui qui n’est pas en paix avec lui-même est obligatoirement amené à sombrer dans la médisance.

Pourquoi ? parce que celle-ci est le résultat d’une très faible estime de soi. Une telle personne ne peut intégrer l’idée de sa valeur qu’en rabaissant autrui. 

Chalom évoque aussi le commandement divin de la circoncision, appelée bérith (alliance). C’est le commandement par excellence qui relie l’Homme juif à son Créateur. Dieu a créé l’homme imparfait pour signifier à ce dernier que c’est à lui qu’incombe la charge de parfaire le monde.  L’Homme ne pourra pas réparer le monde s’il ne fait pas l’unité en lui : autrement dit, par le chalom. Le rapport entre l’alliance – la Bérith – et la paix est évoqué dans le livre des Nombres (chapitre 25,10). Il y est écrit « Phinéas fils d’Aaron le pontife a détourné ma colère de dessus les enfants d’Israël en sorte que je n’ai pas anéanti les enfants d’Israël dans mon indignation. C’est pourquoi tu annonceras que je lui accorde la paix comme signe d’alliance ». En effet, la tradition juive qualifie toujours Aaron par « aimant la paix et recherchant la paix ».

Hillel, qui fut président du Sanhédrin au Ier siècle, avait pour habitude de dire : « Aime la paix, poursuis la paix aime ton prochain et approche-le de la Torah. » (Traité des Pères, I,11).  Siméon, le fils de Rabban Gamliel affirmait : « Le monde se maintient par trois choses : la justice, la vérité, la paix. (Idem I, 5).  Rabbi Mathia fils de Harach édictait : « Sois toujours le premier à souhaiter la paix à tout le monde » (idem IV,18). Dans le Judaïsme, paix et justice vont de pair. En revanche, guerre, haine et discorde sont les conséquences de l’injustice.  Samuel Ibn Nagréla était un savant rabbin réputé, poète et homme d’Etat. Il devint Vizir du roi berbère de Grenade en 1027. Près du palais vivait un marchand d’épices qui, dès qu’il aperçut le ministre juif en compagnie du souverain, se mit à l’accabler de reproches d’insultes et menaçant de lui faire la guerre.  Le roi, indigné par une telle conduite, ordonna à Samuel de punir sévèrement ce fanatique, en lui coupant la langue. Toutefois, le vizir juif le traita généreusement et fit se convertir ses malédictions en bénédictions. Lorsque le roi vit de nouveau le marchand d’épices, il fut étonné de ce que Samuel n’avait pas exécuté ses ordres ! Le ministre répondit : « Je lui ai arraché sa méchante langue et je l’ai remplacée par une bonne. (H. Graetz, Pensés juives p.260).      

Une civilisation se juge par son langage

 

Sur le plan sociologique, la paix est le support d’une société juste et prospère. Une civilisation se juge par son langage. Les mots sont le fondement de la construction d’une civilisation. De ce point de vue, la langue hébraïque – afin de montrer l’importance de la paix – a mis en exergue le mot chalom. Pour saluer une personne et exprimer un salut, le mot chalom se dit dans toutes les circonstances.  Ainsi, pour dire « bonjour » on dit chalom. La Torah est définie comme suit: « Ses voies sont des voies pleines de délices et tous ses sentiers aboutissent à la paix » (Proverbes 3,17) Le judaïsme accorde une place importante à la prière et la paix est le sujet central de toutes les bénédictions. 

Au cours de l’office, la principale d’entre elles est prononcée par les Cohanim (descendants des Grands prêtres officiant au Temple de Jérusalem). Elle se conclue par le mot chalom, posant donc la paix comme finalité suprême. Dans le Livre des psaumes qui accompagne le Juif durant toute son existence, la paix est évoquée plus de deux cent fois. Quant aux prières concluant un repas, elles terminent par la phrase suivante : « Que l’Eternel bénisse son peuple par la paix » (Psaume 29, 10). Plus encore, la prière la plus solennelle récitée par des endeuillés se termine par : « Que celui qui instaure la paix dans les cieux. Puisse-t-Il suivant extrait des psaumes : « La bonté et la vérité se sont rencontrées, la justice et la paix s’embrassent, la vérité va germer du sein de la terre, et la justice briller du haut des cieux ».  

« Nous sommes contre la création du monde parce que l’Homme ne pourra pas être en paix ».

Le Maharal de Prague l’explique de la manière suivante : lorsque l’Eternel a voulu créer le monde, les anges se sont divisés en quatre parties qui avaient pour nom : la bonté, la vérité, la justice, et la paix.  Les partis de la bonté, de la vérité et de la   justice étaient pour la création du monde, mais le parti de la paix y était opposé ! Chaque parti justifia son choix. Le parti de la paix dit : « Nous sommes contre la création du monde parce que l’Homme ne pourra pas être en paix ». Alors l’Eternel dit : « La vérité va germer du sein de la terre ». Or, la Torah est appelée « vérité ». Et puisque la Torah prône la justice, la paix pourra alors s’instaurer. Et le Maharal de conclure que c’est grâce à la Torah que l’instauration de la paix sur terre est possible.

En effet, il y a plus de trois mille ans, au moment où l’humanité était plongée dans l’obscurantisme absolu, la Torah est arrivée pour dire : « Aime ton prochain comme toi-même ».

Dans le même esprit, la solennité de Pessah dans la tradition juive a pour thème central l’unité de l’individu quand celui-ci arrive à l’intégrité parfaite de son être : alors il vit en paix.

Le Talmud et toute la tradition orale consacrent de nombreuses études au thème de la paix. 

Albert Einstein a écrit dans une de ses lettres : « Tant que nous demeurerons les serviteurs dévoués de la vérité, de la justice de lapaix et de la liberté, nous continuerons non seulement à survivre comme le plus ancien des peuples vivants, mais aussi à fournir, par notre travail créateur, des fruits qui contribueront à l’ennoblissement de la race humaine » (Pensées juives chap. 2,3).

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